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 Première sortie.

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MessageSujet: Première sortie.   Ven 24 Aoû - 12:21

Deux semaines que Nina était arrivée. Elle avait fait des prises de sang et de multiples examens mais il fallait attendre les résultats pour s’enfuir de ce trou à rat. Enfin, elle avait le précieux laissez-passer et ne s’était pas faite prier pour déguerpir. Beaucoup utilisaient les dortoirs le temps de trouver une chambre en ville mais Nina était bien décidée à ne pas y remettre les pieds. Douches communes, lits superposés et odeurs significatives étaient un cocktail des plus agressifs pour la précieuse héritière. A l’entrée, il y avait quelques dévoués à la cause humanitaire qui orientaient tant bien que mal les nouveaux débarqués. Les profils des survivants variaient sensiblement ; certains avaient des projets pleins la tête quand d’autres peinaient à aligner une phrase correcte. Nina, elle, ne savait pas trop quoi faire. Quand vint son tour, elle réussit à exprimer qu’elle savait jouer du piano et on sembla accueillir la nouvelle avec joie avant de lui griffonner l’adresse d’un théâtre – à moins que ce ne soit un bar - sur un bout de papier.

Sa valise pesante à la main mais l’allure distinguée, la jolie brune remonta les allées d’un pas presque trop rapide tant elle était décidée à convaincre n’importe quel employeur de l’engager. Un travail signifiait un logeur… un travail, un logeur… l’équation était simple. On la bouscula plus d’une fois en chemin mais elle ne s’en offusqua pas ni ne s’en étonnait le moins du monde. Ici la population cohabitait c’était déjà un grand pas pour le renouveau de l’humanité… Quelques regards lubriques lui parvinrent mais elle s’en détacha rapidement. Un travail, un logeur. Enfin l’enseigne à demi décrochée se déclina sous ses yeux. Elle sentit les rictus de son visage se multiplier mais elle se convint que c’était un bon départ et entonna le pas pour se glisser à l’intérieur.

La poignée lui résista mais la musicienne réussit dans un mouvement brusque à ouvrir la porte qui frottait sans grâce sur le miteux parquet. D’abord Nina crut l’endroit abandonné. La poussière s’était imprégné jusque dans l’air et les toiles d’araignées honoraient l’ombre de mille reflets. Elle entendit pourtant un râle vulgaire et très caractéristique d’un homme aigri d’âge mûr.

« C’est quoi encore ce bordel ?! C’est fermé ! Foutez-moi le camp ! »

Nina posa sa valise près du comptoir qui aurait, jadis, pu servir de bar avant d’avancer vers le plus large espace central. Sa voix perla avec un soupçon d’autorité, priant subtilement qu’on la considère un peu mieux.

« On m’a dit de venir ici. Je suis ici.

-Et quoi ? »

Le vieux croûton sortit de l’arrière d’un rideau et contempla l’inconnue avec une fugace délectation avant de reprendre son air dépité.

« Vous allez m’embaucher il parait. Je joue du piano. » Le vieux se mit à rire avant de lui demander si elle voyait un piano… Naturellement son regard balaya l’espace et un modeste piano droit agglutiné contre un mur se découvrit à elle. Malheureusement son clavier était bien trop édenté pour prétendre à la caresse d’un musicien. Echec.

« Je cherche une chambre » Le vieux sembla plutôt perplexe devant l’audace de la nouvelle venue avant de la renvoyer à ses affaires dans un jargon très disgracieux. Nina décida de cacher sa valise dans l’ombre du comptoir d’entrée avant d’aller errer en ville pour traquer les annonces. Il n’était pas encore midi, elle aurait peut-être quelques autres pistes d’ici la nuit.

Non loin du théâtre, au croisement d’une rue, il y avait un panneau d’affichage improvisé sur des plaques de bois qui condamnaient des fenêtres brisées. Elle se mit donc à la recherche d’une adresse ou d’un signe concluant.
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MessageSujet: Re: Première sortie.   Sam 25 Aoû - 15:39

    Quatre mois qu'elle était arrivée à Olide, quatre mois difficiles. Si certains osaient croire qu'il était possible de réintégrer la société aussi vite qu'ils l'avaient quitté, beaucoup étaient rapidement rattrapés par une réalité moins éblouissante que l'espoir qui les portaient. Gaïa en faisait partie, elle qui avait parcouru des milliers de kilomètres pour débarquer ici, seule solution viable qu'elle ait trouvé au cours de son périple. Les premiers jours furent les plus difficiles, baladée d'un quartier à l'autre avec d'autres miraculés, plus sale et malade encore qu'elle ne l'était. Difficile de faire chambre commune avec de parfaits inconnus quand on a passé plusieurs années à s'en méfier, les fuir, voir même les tuer. Les journées étaient longues et elle les avait passé dans les hôpitaux, passant divers examens qui paraissaient tout à fait dérisoires après tant d'années passée dans la souillure et aux côtés la mort. Elle se laissait faire, telle une poupée, ne décrochant pas un mot, sursautant à chaque entrée du médecin ou lorsqu'une machine avait le malheur de la surprendre. Elle manqua même de s'évanouir lors d'une IRM, terrifiée à l'idée d'être enfermée et bombardée d'une lumière qu'elle ne connaissait que trop peu. Les soignants en avaient presque peur, car ses réactions n'étaient pas toujours prévisibles.
    M'enfin tout ça c'était terminé, depuis trois mois, elle avait un chez elle, et la solitude lui permettait d'appréhender plus sereinement cet environnement qui n'avait rien de réel à ses yeux. Elle avait l'impression de rêver, en quelque sorte, comme si elle ne faisait pas partie de tout ceci. Un décalage, en somme, qui n'avait rien de surprenant, c'était quelque chose d'assez généralisé chez les nouveaux arrivants, mais de ce fait, l'adaptation n'était pas ce qu'il y avait de plus évident, d'autant plus qu'elle n'était même pas certaine d'y vivre longtemps. Les examens médicaux, éprouvants, n'avaient pas été inutiles pour autant, ses poumons étaient malades. C'était encore bénin, à en croire les médecins, mais il lui faudrait des examens supplémentaires pour déterminer l'ampleur de la tumeur et si ses jours étaient comptés. Autant dire que les perspectives n'étaient pas très réjouissantes, et pourtant, même sans espoir...Elle ne comptait pas y rester, pas après tout ça.

    Aujourd'hui, elle venait de finir son service à la Taverne, où elle avait réussi à se faire embaucher il y a quelques semaines. Il n'était pas encore midi, et elle en profita pour faire un tour au Théâtre où elle connaissait l'un des acteurs de la troupe qui s'y produisait. Plus qu'une simple connaissance, elle goûtait de temps à autres au plaisir de la chair en sa compagnie sans en attendre davantage, et si ce matin elle lui rendait visite, ce n'était que pour récupérer une « commande », vite enfouie dans le fond de son sac. Les sentinelles avaient beau être partout, elles n'avaient pas pu empêcher la drogue de passer les portes de la ville . Une belle journée en somme, et c'est justement en sortant du théâtre, le pas tranquille et presque traînant qu'elle croisa le chemin d'une jeune femme, dans une ruelle où il était rare de voir quelqu'un se promener seul.

    Arrêtée au niveau du croisement, figée, Gaïa hésita un instant à prendre la rue en question, scrutant les environs d'un regard averti. Couverte d'un long manteau en daim, elle enfonça un peu plus ses mains gantées au fond de ses poches tout en fourrant son nez rosi par le froid dans son écharpe de laine dont la couleur blanche avait viré au gris avec le temps. Elle avait tout l'air d'une clocharde en vérité, son aspect frappant de par son manque d'allure, rien n'était accordé. Ses bottes noires étaient abîmées, comme son jean, mal retroussé, sans parler de son manteau, troué par endroits et sali par ses nuits passées en compagnie d'ivrognes. Seuls ses yeux restaient éclatants, même à la lumière du jour. Elle ne su pas bien ce qui la décida à perdre son temps en compagnie de la jolie jeune femme qui semblait chercher quelques renseignements, mais elle s'avançait à présent vers elle, le pas nonchalant. Peut-être était-ce la curiosité... ? Ou bien la beauté évidente de l'inconnue qui appartenait à un autre standing, cela allait sans dire.Gaïa s'arrêta alors aux côtés de la beauté slave, observant à son tour les annonces griffonnées sur une fenêtre condamnée.

    - Vous ne trouverez rien là dessus à part des propositions douteuses...  Déclara t-elle avec sa fermeté habituelle. Son accent pouvait interpeller... En effet, si elle avait appris plus ou moins le russe, sa langue maternelle restait l'anglais. Si on avait offert aux Hommes un nouveau départ, le retour à la civilisation n'était pas une évidence. Il était courant de tomber sur des annonces aux premiers abords correctes, et arriver quelque part au milieu d'une horde de messieurs en quête de divertissements.

    - Vous cherchez quoi ? Poursuivit-elle, en se tournant cette fois face à elle, toujours emmitouflée dans son écharpe. Si Gaïa n'avait ni la classe et la prestance de son interlocutrice, elle n'avait pas non plus sa mine ni son teint. Visiblement, elle avait beaucoup moins souffert de la faim qu'elle, et c'était tant mieux, elle ne souhaitait cela à personne. Mais quand même...D'un mouvement de recul, comme pour mieux l'étudier, la dévisageant de la tête au pied, elle ne pu s'empêcher de sourire derrière sa laine. Une lueur amusée se distinguant nettement dans le regard, elle ne dit cependant rien. Maquillée, coiffée, parfaitement vêtue et droite comme un piquet, elle ne devait pas être n'importe qui, mais ici, tous ces artifices lui paraissaient futiles, d'où son amusement.


Dernière édition par Gaïa Healey le Dim 26 Aoû - 23:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Première sortie.   Dim 26 Aoû - 20:11

Une voix survola le sinistre silence des environs et l’avait élue pour cible. Nina sursauta, non de terreur mais de surprise car si elle avait le fol espoir qu’en cette cité, on ne chercherait pas à l’attaquer en plein jour, elle n’avait pas du tout intégré la relation sociale comme courante ou naturelle. Elle tourna le visage vers la sombre interlocutrice sans que ses épaules ne bougent et la scruta avec autant d’égard qu’incorrection. Ce n’était pas du dédain mais une curiosité disproportionnée et maladive. En son esprit cela était presque encourageant, pour un échange, de bénéficier de l’attention de chacune des parties. L’accent de la femme était attrayant, coloré et exotique. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas parlé l’Anglais bien que sa maîtrise en soit excellente ; elle eut un vague souvenir de vacances en Floride et de ses amies immensément riches aux villas merveilleuses avant de retrouver brutalement ses esprits grâce à un coup de vent glacial au creux de son cou.

Elle se tourna alors d’un angle plus chaleureux et prit le temps de la décortiquer davantage. La femme était sale. Cela n’était pas étonnant car elle avait croisé beaucoup de sales et quasiment que des sales et elle ne comprenait pas cette absence d’hygiène. Elle ne grimaça pourtant pas, relevant avec une objectivité inquiétante les lacunes de bonne présentation. Rien n’était assorti. Ni les chaussures usagées, ni la longueur du pantalon, ni les couleurs, ni les matières… seule la crasse unifiait l’ensemble. Etait-ce là une mode dont elle ignorait tout de son socle esthétique ?

Aussi, Nina finit par faire tomber son regard sur elle. Ces vêtements n’étaient pas de première jeunesse, plus rien ne l’était vraiment mais les tissus étaient encore de très bon état. Elle portait une robe grise longue et chaude qu’elle avait estimée simple mais raffinée. Elle ne cherchait pas à ce qu’on ne remarque qu’elle en ville –même si ces efforts puissent être vains- mais il était important qu’elle soit présentable pour trouver un travail et un endroit pour dormir. Son vêtement était d’un épais coton aux doublures laineuses et une veste de moire à la robe d’un corbeau assortie à ses bottines qu’elle n’enfilait jamais sans les avoir lustrées un minimum. Deux imposantes boucles d’oreilles contrastaient de fantaisie avec son chignon sévère. Elle était élégante, l’autre non. Pourtant elle remarqua ses prunelles océanes et traquait la beauté aussi certainement que le négligé.

L’autre avait cependant parlé et prendre tant de temps à ne point lui répondre était presque grossier. Elle retrouva des yeux les descriptions d’annonces pour vérifier mais il était exact que les formulations dans des caractères raturés n’avaient rien de prometteur et que les auteurs étaient.. douteux.

-Je cherche… Que cherchait-elle vraiment ? Un logement oui mais cela devait-être évident et un travail, cela aussi..

-Je cherche un piano. On m’a dit que j’y gagnerai mon pain et j’y gagnerai donc… un lit.

L’horreur des viols collectifs lui était inconnue. Aussi, elle portait peut-être une certaine candeur à moins qu’elle ait perdu depuis longtemps toute crainte et retenue sur la question des chairs. Elle se tourna vers la femme et considéra qu’elle voulait peut-être l’aider. C’était étrange mais elle ressentit une étrange joie qui la mit mal à l’aise, était-ce de la sollicitude ? Est-ce qu’elle devait rendre la pareille pour pousser la femme à mieux l’accompagner et la sortir de son impasse ?

-Je peux vous aider aussi. Vous êtes belle en dessous.

Nina ne savait pas parler aux femmes. Depuis combien de temps cela ne lui était pas arrivé ? Elle n’avait jamais éprouvé de la jalousie pour aucune créature depuis qu’elle fût femme. Un peu des blondes de son regretté père mais jamais des autres qu’ils eurent croisés au long de leur voyage. Elle ne mesurait donc pas toujours la portée de ses propos.

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MessageSujet: Re: Première sortie.   Dim 26 Aoû - 23:43

    Se contentant de regarder la Belle en coin, manifestant un certain degré de méfiance à son égard, Gaïa ne semblait pas prêter attention à la bonne tenue de son interlocutrice et ne cherchait à l'évidence pas à l'impressionner. Elle s'interrogea malgré tout sur le pourquoi de cette élégance, qui mettrait en ces jours sombres n'importe quelle femme en danger. C'était comme jeter un agneau dans une cage aux lions. Il était encore tôt, certes, et à cette heure là les habitants de la Cité faisaient bonne figure, mais la nuit tombée, l'obscurité révélait un autre visage aux hommes venus se saouler pour oublier, surtout lorsqu'ils avaient le malheur de se retrouver en groupe, un nombre qui les amenaient étrangement à régresser jusqu'à en oublier toute civilité. A cette pensée, elle se dit qu'elle ne ferait pas long feu...
    Peut-être était-ce de l'inquiétude qui l'avait poussé à aborder la jeune femme ? Cela aurait été surprenant, mais pourquoi pas. Son parcours l'avait beaucoup endurcie, mais elle n'avait pas oublié pour autant que la solidarité était quelque chose de fondamental et d'essentiel à la survie, car après tout sans elle, elle ne serait plus là. Le visage d'Erich s'imposa à son esprit, comme un fantôme du passé, faisant naître en elle un sentiment de mélancolie qu'elle chassa rapidement. Il lui était venu en aide alors qu'elle était en grande difficulté, mais aujourd'hui, c'était du passé. Elle baissa les yeux l'espace de quelque secondes, fermée, avant de revenir à la réalité, au présent, à l'avenir qui se dessinait et aux perspectives qui s'offraient à elle : se reconstruire, son désir le plus profond, et Olide était sa seule chance d'y parvenir.
    Les yeux posés sur la jolie brune, glacés, elle se découvrit un penchant pour les belles choses. Un si beau minois était si rare de nos jours, même avec cette expression sévère qui ne gâchait en rien sa grâce. Si la survivante ne prêtait que peu d'attention à son apparence, elle n'était pas insensible au charme de la jeune femme qui ne semblait pas avoir perdue de sa superbe malgré ces années difficiles. Mais les avait-elle seulement vécu ? Gaïa avait de sérieux doutes là dessus... Elle lui faisait penser à certaines personnes qu'elle croisait de temps en temps à Olide, ceux qu'on appelait les « nobles ». Mais il y avait quelque chose de différent chez elle qu'elle identifiait sans mal comme de l'ignorance. Savait-elle où elle mettait les pieds ?

    -Je cherche un piano. On m’a dit que j’y gagnerai mon pain et j’y gagnerai donc… un lit. 

    Feignant l'indifférence, elle haussa cependant les sourcils lorsqu'elle entendit ces quelques mots. Un piano ? Original.

    -Pas besoin de piano pour avoir un lit tu sais. Rétorqua t-elle d'un ton sarcastique, songeant qu'avec un physique pareil, il lui suffirait de se présenter au premier venu pour trouver de quoi dormir. Vendre son corps était courant aujourd'hui après tout, cela n'avait rien de choquant, elle-même l'avait fait en arrivant ici avant de trouver un job. Elle préférait encore passer quelques heures dans le lit d'un homme plutôt que de subir l'enfer des dortoirs, et elle n'était pas la seule. Alors que la musicienne se tournait vers elle, Gaïa ne scia pas, continuant de la regarder en coin, observant avec attention la façon dont elle réagissait et en quelque sorte fascinée par ce qu'elle dégageait, mais tomba des nues lorsque celle-ci lui adressa une remarque qui sonnait autant comme un compliment que comme son contraire.Comment devait-elle le prendre ?

    - M'aid...Quoi? Balbutia t-elle sous le coup de la surprise avant de regarder par elle-même la façon dont elle était vêtue. Bon certes, ça avait peu d'allure, mais c'était confortable et chaud, et puis elle ne voyait pas l'intérêt de dépenser le peu d'argent qu'elle gagnait dans de nouveaux vêtements.
    Les yeux écarquillés, elle secoua la tête, légèrement décontenancée. Lâchant un rictus qui se transforma en un petit rire sous l'effet de la surprise, elle lui jeta un regard nullement vexé mais plutôt amusé par ce franc parlé avant de répondre avec sa froideur habituelle en dégageant de son index l'écharpe qui lui cachait une bonne partie du visage pour lui parler de manière plus claire.

    -Merci mais je n'ai besoin de rien, Princesse. En revanche pour ton piano je pense pouvoir te filer un tuyau. Elle marqua une pause avant de reprendre: Tu t'appelles ?

    Ce tuyau, c'était un possible travail au Théâtre duquel elle revenait. Cela faisait un moment qu'ils cherchaient un musicien, le dernier ayant disparu il y a quelques semaines après avoir accepté une invitation que Gaïa soupçonnait être à l'origine de sa perte. Bien sûr elle n'avait rien dit, mais très observatrice, certains événements avaient attiré son attention et la laissait perplexe. Loin d'être naïve, cet Eden possédait des zones d'ombres, elle en était certaine, même si à l'heure d'aujourd'hui, elle ne pouvait faire que des suppositions hasardeuses. L'arrivée de cette superbe créature était-elle une coïncidence ? Tout était-il qu'avec un tel capital séduction, il lui suffirait de savoir jouer quelques notes pour être embauchée.

    -Tu viens de débarquer ici je me trompe ?
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MessageSujet: Re: Première sortie.   Lun 27 Aoû - 16:17

La nouvelle fut bien accueillie et plus encore, la réponse de la femme la couvrit d’enthousiasme.
Oooh vraiment ?! C’était là un cri du cœur que son esprit rétorqua mais que ses lèvres ne trahirent pas. L’envie ne pouvait la rendre si sotte pourtant elle ignorait la profondeur du sarcasme. Il était très loin dans l’esprit de Nina que l’autre mette le doigt sur la question de sa vertu… Parce que rien n’était gratuit, même elle, elle l’avait compris. Elle crut que l’inconnue évoquait les dortoirs insalubres ou la dernière nuit fut de trop pour sa voisine. Nina afficha sa contrariété à imaginer y retourner et secoua nerveusement la tête pour appuyer ses dires.

-Non, je n’y retournerai pas. Ils puent c’est une infection. Enfin pas vous, vous êtes seule alors je ne vous sens pas.

La femme sembla surprise mais la conversation était lancée. Néanmoins le surnom princier raidit davantage la musicienne qui ne savait pas du tout comment interpréter cette mention, elle aurait sans doute reculé dans ses retranchements coutumiers mais la femme dégagea Nina de toute obligation à son égard et cette dernière en fut satisfaite et même conquise. La familiarité gagna le discours ce sur quoi la brune tilta. Elle embrassa cependant le pli, bien qu’elle n’aurait jamais osé d’elle-même. Une curiosité issue de l’anglais encore une fois ? Son nom ? Oui c’était là une question naturellement intéressante. Nina hésita un instant mais opta pour une présentation simple et sans recoupement possible avec son passé.

-Nina, j’ai eu le droit de sortir.. il y a une heure peut-être deux.

Non, Nina ne retourna pas la question car en cet instant, cela ne lui vint pas à l’esprit. Elle déchiffra encore un peu les annonces et tenta de faire le rapprochement avec les propos de la femme.

-Tu entends quoi par douteux ? J’ai entendu les lois qu’on rabâche aux arrivants pendant la période de transit. Personne n’a le droit de se manger. Est-ce que.. est-ce qu’ils le font quand même ?

Nina souffla d’agacement, pestant pour elle-même d’avoir cru que les choses avaient changé.

-Je n’ai pas d’hommes. Ils auraient pu me prévenir ou du moins consacrer une zone de la ville aux femmes seules. C’est idiot. Moi qui croyais qu’ils mangeaient assez…

Elle n’était pas effrayée, seulement agacée que ses plans divergent un peu trop. Elle devait trouver un abri pour la nuit et donc un travail et en plus, il lui fallait trouver quelques protections. Elle regarda l’inconnue dans un simulacre d’amabilité.

-On peut y aller. Comme ça, nous saurons plus vite à quoi nous en tenir. Je dois juste... récupérer mes affaires et on y va. Je les ai posées au bar miteux qui se faisait passer pour un piano bar mais visiblement, ils manquent d’un piano.

Elle invita la femme à la suivre en direction de cette foutue baraque délabrée quand elle se remémora de ses toiles au fond de sa valise…

-Tu sais s’il y a des riches ? Un antiquaire peut-être ? Tu penses qu’il vaut mieux s’abriter à l’ombre des militaires ou des plus aisés ? Toi tu t’y prends comment ?

Oui elle avait des questions à poser.
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MessageSujet: Re: Première sortie.   Mer 29 Aoû - 16:49

    Si Gaïa restait de marbre aux réflexions peu flatteuses de Nina, elle ne pouvait s'empêcher de hausser son sourcil gauche, l'air incrédule. Ce n'était pas le genre de conversions auxquelles elle était habituée, cela dit, il était vrai qu'elle les évitait bien souvent, les conversations. Depuis son arrivée, elle avait du réapprendre à vivre en communauté, ce qui n'était pas chose aisée. C'était un des psy de l'hôpital qui lui avait recommandé de se sociabiliser davantage. Facile à dire, il s'agissait là d'une véritable entreprise.
    Elle venait donc bien de débarquer...Rien d'étonnant. Comme elle, elle avait fui l'horreur des dortoirs, mais pas pour les mêmes raisons. Les nouveaux arrivants, de son expérience, étaient tous sales et malades, comme elle. Apparemment pour la jeune femme, c'était l'odeur qui lui était insupportable...Gaïa ne s'en était pas rendu compte, elle, mais cela devait venir du fait qu'elle y était accoutumée. Peut-être sentait-elle mauvais elle aussi ? Elle ne s'était pas vraiment posée la question...Mais se souvenait-elle seulement de ce qui signifiait « sentir bon » ? L'hygiène était devenue un luxe toutes ces années que peu pouvaient se permettre. A l'extérieur, il était difficile de trouver de quoi se laver, même l'eau était devenue une denrée rare. Elle avait finalement finit par s'habituer à la crasse et jouissait des peu de douches qui lui étaient permises de prendre. Maintenant il en était autrement, et elle ne s'était pas faite priée pour profiter de ce luxe, bien le seul qu'elle s'accordait. Elle redécouvrait petit à petit la notion de « bien-être » à travers des petits plaisirs auxquels, paradoxalement, elle n'accordait aucune importance dans sa plus tendre enfance, alors qu'elle s'y noyait littéralement. Par conséquent, après des efforts considérables, elle avait retrouvé une certaine hygiène de vie, fondamentale pour espérer retrouver une place dans cette société nouvelle. Bien sûr, vu son accoutrement, il n'était pas aisé de s'en rendre compte, mais la réflexion de sa voisine manqua de peu de la vexer si elle n'était pas aux prises avec ce flegme qui la poussa à simplement ignorer sa remarque.

    -Tu entends quoi par douteux ? J’ai entendu les lois qu’on rabâche aux arrivants pendant la période de transit. Personne n’a le droit de se manger. Est-ce que.. est-ce qu’ils le font quand même?

    Elle s'était mal faite comprendre, elle avait cru pourtant être assez claire, mais la question était du coup assez amusante.

    -Qu'est ce que tu crois ? Certains y ont pris goût tu sais... Plaisanta t-elle...à peine. L'anthropophagie était quelque chose de tabou et qui paraissait tout à fait démentiel, mais c'était devenu courant ces dernières années, même si peu osaient l'admettre. La plupart des arrivants taisaient leur passé pour commencer une nouvelle vie, lavée de leur péchés. C'est d'ailleurs ce que Gaïa essayait de faire, comme beaucoup, mais renier et oublier les atrocités vécues lui paraissait tout bonnement relever de l'impossible. Cela revenait à renier son existence et ce qu'elle était devenue, et ça, elle ne pouvait l'accepter. Et puis il y avait les autres...Ceux qui n'avaient pas su quitter leurs vieux démons ou qui, si ils l'avait fait, s'étaient vus rapidement rattrapés par leurs vieux vices. Manger les siens, elle-même avait finit par s'y faire, mais n'y prenait aucun plaisir, ce qui n'était pas le cas de tous. Ce qu'on omettait souvent lorsque l'on parlait de ce phénomène, c'était que si au début manger les siens relevait de la nécessité, cet acte pouvait vite devenir un plaisir à part entière. Comme on pouvait jouir du meurtre, on pouvait jobuir de s'approprier la chair de l'autre. C'était une nouvelle façon d'exercer son pouvoir, sa force. Elle en avait connu quelques cas, comme ça, d'hommes ou femmes autrefois tout à fait respectables qui, après avoir sombré dans la barbarie avec réticence, avait fini par s'y donner à cœur joie.
    Elle ne prit pas la peine de s'étendre sur le sujet, gardant cela pour elle. Apparemment, cette Nina n'était pas inquiétée par le viol ou la torture, mais seulement par le cannibalisme. Étrange manière de considérer ses priorités, mais après tout ce n'était pas son problème. Était-elle consciente des dangers qui la guettait ? Elle était belle, trop belle. Si la beauté avait jadis été respectée, aujourd'hui, on avait appris à la salir. Sa surprise redoubla lorsque celle-ci, un tantinet agacée, se prenait pour le nombril du monde. Elle n'avait pas d'hommes pour se protéger, et puis quoi encore ? A l'entendre, elle était au dessus de tout, et ça, ça dépassait complètement Gaïa qui, immobile et silencieuse, se contentait de l'écouter avec un calme exemplaire. Seules ses pommettes et le bout de son nez, légèrement rosis par la bise, ravivaient son visage aux airs de poupée de porcelaine.

    Malgré tout, elle trouvait son interlocutrice fort intéressante. C'était inhabituel de croiser des personnes de cet acabit ces derniers temps, et ça avait au moins un intérêt : celui d'égayer sa journée. Ainsi, lorsque celle-ci l'invita à la suivre, elle se contenta d'emboîter le pas, l'écoutant l'air distraite.

    -Des riches tu dis... Dit-elle, levant les yeux au ciel, pensive, avant de poursuivre : Il y en a oui, mais j'en connais pas. Après si tu veux parler des sentinelles qui parcourent la ville, je te conseille de les éviter. Puis elle marqua une pause avant de reprendre, soulevant une interrogation. Mais pourquoi un antiquaire ?

    Les deux étrangères marchaient côte à côte, et cela avait de quoi surprendre tant elles étaient différentes. Gaïa avançait le pas tranquille, et attendit patiemment Nina lorsque celle-ci s'était aventurée dans un bar dans lequel elle n'aurait même pas mis les pieds. En l'attendant, elle en profita pour scruter du regard les alentours. La rue était déserte ce matin, seuls deux trois passants, enfouis sous d'épais manteaux marchaient, ou plutôt déambulaient, morts vivants qu'ils étaient devenus. Personne ne se regardait dans la rue, tous baissaient les yeux, de peur de réveiller quelque chose de douloureux en se plongeant un peu trop dans le regard de l'autre. C'était triste, mais c'était mieux qu'à l'extérieur d'Olide. Mais cette tristesse ne l'atteignait pas, vaccinée contre l'apitoiement et autres bons sentiments. Elle était en vie, c'était tout ce qui comptait. Hermétique à la misère et aux mines grisonnantes, elle enfonça un peu plus sa main au fond de sa poche pour en retirer un paquet de cigarette et en extirpa une pour la porter à ses lèvres. C'était pas bon pour ce qu'elle avait, et bien que consciente de ce fait, elle l'alluma à l'aide briquet avant d'aspirer longuement ce poison, ce qui eut pour tout effet de la faire toussoter, même si le plaisir y était. Merde, elle allait p'têt bien crever finalement ! Bon soit, sortir d'une grippe, en plus, ne rendait pas les choses évidentes, mais quand même, elle ne pouvait s'empêcher de penser au reste, et il y avait de quoi culpabiliser. Elle se risqua à une nouvelle tentative, mais, grimaçante et minée par les risques encourus, elle recracha la fumée avant de jeter le mégot sur le sol et l'éteindre sous sa semelle, l'air contrarié alors que Nina sortait du bar. Elle qui haïssait les hôpitaux, elle était à présent impatiente d'y retourner.
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MessageSujet: Re: Première sortie.   Sam 8 Sep - 21:48

Ainsi ils se mangeaient toujours… C’était navrant. Nina n’était pas effrayée, seulement ennuyée. C’était une chose banale pour elle et dès le début, elle avait intégré que ses gardes étaient la seule raison pour laquelle elle n’avait pas été violentée ou dévorée. La chair elle l’avait goûtée, plusieurs fois et n’en avait pas du tout fait un problème. Elle préférait la viande animale et les fruits mais l’homme était nourrissant. Ses soldats lui avaient toujours épargné le pire et les visions d’horreur. Eux, ne se privaient pas de tuer les plus faibles et de les démembrer « convenablement » avant que les autres tentent de les cuisiner. Ils étaient nombreux et un être humain entier c’était une ressource alimentaire plus que précieuse. Aujourd’hui Nina se sentait faible, elle était la vagabonde solitaire sans protection et si un escadron l’attrapait, ce ne pouvait plus être pour la vendre.

La jeune femme était bien plus jeune qu’elle pourtant, les marques de la vie avaient rongé sa candeur et il était finalement difficile de lui donner un âge. Peut-être qu’elle était une alliée car de toute façon, Nina avait besoin qu’on la guide. Elle avait beau croire que tout était possible, elle commençait à comprendre l’importance de sa garde dans sa survie durant toutes ces années. L’inconnue avait le regard brisé, une étincelle de désespoir et d’abandon absolu quand Nina ne faisait que découvrir ce monde. Loin du plus terrible sans doute et dans la gracieuse cité pour l’avenir mais elle n’avait pas encore mesuré la réalité du monde. Cela faisait longtemps que l’humanité s’était arrêtée à leur famille. Les autres étaient des ennemis. Qu’ils meurent, s’entretuent et autres ignominies, elle n’en avait cure mais ici, elle devrait intégrer que finalement, elle faisait partie de cette humanité ou qu’eux appartenait à la sienne…

Pour l’heure, il y avait toujours cette étrange barrière invisible. La compagnie d’une nouvelle âme ne la dérangeait pas, au contraire. Celle-ci se montrait même agréable et bien éduquée. Elle devait elle aussi apprécier Nina car elle s’intéressait même à la mission du jour après avoir révélé qu’il y avait bien plusieurs castes en ville.

-Un antiquaire connait les riches et les riches aiment l’art.

C’est tout ce qu’elle lui révèlerait pour le moment. Elle n’était pas idiote au point de lui confier qu’elle avait des trésors mais une chose était exacte : c’est bien auprès de cette même clientèle qu’elle trouverait des occasions de jouer.

La porte résista encore à l’entrée du bar et l’acide pellicule des lieux s’engouffra de nouveau dans sa gorge. Nina fit quelques pas, récupéra sa valise et l’ouvrit pour en récupérer un couteau de guerre rangé dans son étui de cuir. Elle boucla le précieux ami au passant de la robe qui aurait pu abriter une ceinture, sous couverture de son manteau et rejoignit sa nouvelle acolyte. Celle-ci se mit à tousser bruyamment, la brune la toisa avec méfiance, révélant en une fraction de seconde qu’elle reconnaissait là, le chant de ceux qui n’en ont plus pour longtemps. Elle n’accusait pas la cigarette non, les toux profondes et sinistres de ceux ayant inspiré le mauvais air ne laissaient pas de doutes.

-Moi je n’ai jamais fumé. Est-ce que les médecins peuvent te soigner ? Heureusement que ce n’est pas contagieux, ils ne t’auraient pas laissé entrer.

Nina frotta sur sa robe pour faire disparaitre les traces blanchâtres de la poussière qu’elle venait de rapporter et scruta les environs d’un air décidé.

-Alors.. je te suis pour l’endroit au piano ? Tu me montreras ensuite pour l’antiquaire ?

Elle aperçut au loin une de ces inquiétantes sentinelles qui eut pour effet de clore ses jolies lèvres mais dès qu’il tourna au loin, elle reprit.

- Les éviter… oui… J’ai connu des militaires mais.. les temps ont changé et si on n’est pas du bon côté… on n’est pas du bon côté… Cela la fit sourire car elle se souvint de l’image d’une femme qui les avait suppliés et qui avait jeté sur elle un regard désespéré comme si Nina avait pu vouloir l’épargner.

-Et toi tu vis comment ici ? Quel est ton prénom ? Il y avait chez elle cette façon un peu brusque de mener les conversations mais il était loin le temps où tout était normal.
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MessageSujet: Re: Première sortie.   Lun 17 Sep - 13:58

    L'art...La réponse de la jeune femme la fit doucement sourire. L'art...Ce mot n'éveillait rien chez elle, elle n'y était pas familière. Il avait disparu des esprits depuis bien longtemps. Au cours de son périple, il lui était pourtant arrivé de croiser la route de quelques fous s'improvisant poètes ou musiciens à leurs heures, sorte exutoire à leur souffrance qui ne pouvait trouver d'autre échappatoire que dans la mort. De grands mélancoliques à vrai dire, avec un talent qui était rarement apprécié à sa juste valeur.
    Alors que son acolyte s'extirpait non sans hâte de ce que Gaïa soupçonnait d'être un bordel, celle-ci lui posa une question qui la mit mal à l'aise. La réponse était angoissante et elle ne se voyait pas la formuler. Elle n'en savait rien. Peut-être avait-elle fait tout ce chemin pour rien ? Elle espérait que non.

    En guise de réponse, elle secoua la tête en balayant d'un geste de la main tous questionnements. Elle préférait croire qu'il était encore possible de la sortir de ce mauvais pas.

    -Je t'accompagne au théâtre, j'ai un peu de temps. Pour l'antiquaire, je t'y guiderai sur le chemin du retour, c'est à côté. Lâcha t-elle, le ton emprunt de sa dureté habituelle. Elle avait une façon de parler un peu abrupte qui pouvait surprendre et refroidir ses interlocuteurs qui pouvaient la trouver quelque peu désagréable or il n'en était rien. Loin de là l'idée de brusquer ou contrarier son entourage, c'était seulement sa façon d'être, et au delà des apparences, elle pouvait se montrer tout à fait serviable.

    Alors qu'elle terminait sa phrase, elle aperçut en même temps que la nouvelle arrivante une sentinelle qui marchait au loin. Elle n'avait jamais su trop pourquoi mais elle n'avait jamais trouvé ces agents très rassurants ou même réconfortants. Censés faire régner la sécurité dans la Cité, elle avait entendu des témoignages pour le moins inquiétants qui la poussait depuis le début à éviter tout contact avec eux. Alors que celle-ci disparaissait derrière le mur d'une rue adjacente, Gaïa glissa main contre sa sacoche qui renfermait un trésor susceptible de lui valoir quelques ennuis, le regard toujours rivé sur le bout de la rue à l'origine de ce sentiment étrange et inquiétant qui l'envahissait à présent. Elle ne pouvait pas dire qu'elle avait peur, car le danger, elle l'avait côtoyé et le connaissait, mais elle ne savait trop pourquoi, être en présence de ces uniformes provoquait chez elle un malaise indéfinissable.

    La jeune femme avait donc connu des militaires...Curieuse, elle se risqua à tourner les yeux e sa direction. D'où venait-elle ? Il n'était pas donné à tout le monde d'avoir des hommes de main, surtout des militaires. Peut-être était-elle bien en présence de quelqu'un qui eu autrefois de l'importance ? Cela n'avait rien d'impressionnant à vrai dire, elle n'était pas du genre à s'extasier des rapports hiérarchiques, surtout lorsqu'ils étaient désuets. Aujourd'hui ils étaient tous au même niveau...Enfin, pas ceux qu'on appelait communément les « aristocrates », mais eux, Gaïa ne faisait pas affaire avec eux.

    - et si on n’est pas du bon côté… on n’est pas du bon côté… Gaïa ne put s'empêcher de répondre elle aussi par un faible sourire. En effet, il n'y avait rien d'autre à dire, c'était une des lois qui régissait le monde d'aujourd'hui, une loi qui ne laissait pas de place aux bons sentiments, une loi impitoyable en somme. Peut-être n'avait-elle pas souffert comme d'autres ces dernières années, mais elle semblait l'avoir assez vu pour en tirer les mêmes conclusions, et ce, malgré le recul qu'elle en avait, car ça sautait aux yeux, tout cela semblait loin, très loin de sa personne.Mais elle savait, et c'était tout ce qui importait finalement.

    -Et toi tu vis comment ici ? Quel est ton prénom ?

    La question la brusqua un peu mais, après l'avoir dévisagé d'une façon peu anodine, laissant percevoir un brin de méfiance à son égard, elle fourra ses mains dans ses poches en reprenant la marche vers le secteur B où siégeait le théâtre susceptible de lui ouvrir quelques portes.

    -Je vis dans un appartement pas très loin d'ici. Un luxe comparé aux dortoirs.

    Elle esquissa un sourire qui illumina l'espace d'un instant son visage blafard, lui rendant des couleurs qu'on croyaient perdues à jamais.

    -Gaïa, je m'appelle Gaïa. Elle marqua une pause avant de reprendre, l'inconnue titillant quelque peu sa curiosité. Et toi ?
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Première sortie.

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